L’accompagnement psychologique des seniors isolés

Interview de François SANTO, psychologue-clinicien chez Tunstall Vitaris



déc. 17, 2020

Pour commencer, notez-vous une différence entre le premier et le second confinement ? Notamment une dégradation du moral de nos ainés ?

Oui clairement, le second confinement a provoqué plus de craintes anxieuses autour des risques de contracter le virus lors de cette seconde vague. Elle a été présentée comme plus virulente, cela a pu provoquer le sentiment d’être encore isolé, perturbé dans son quotidien et ses habitudes, de ne pas pouvoir passer les fêtes de fin d’année en famille, d’être privé de ses libertés…

Nos aînés sont-ils tous prêts/armés à vivre ce deuxième confinement ?

Oui avec un peu de recul depuis le début de ce second confinement, et un dialogue, des échanges avec des personnes attentives et bienveillantes comme les chargés d’écoute qui réalisent des appels de convivialité ou de lutte contre l’isolement, avec un service psychologique aussi, nos ainés sont invités à prendre de la distance d’avec l’actualité, répétitive et sensationnelle, et ils peuvent ainsi mieux mesurer que finalement, ils ne sont pas tant exposés que cela, à condition de respecter scrupuleusement les gestes barrières de sécurité.  Nos aînés sont finalement, du fait qu’ils sortent peu, protégés en quelque sorte, et leurs intervenants, normalement très précautionneux.

Face à ce virus, quelles sont les sources d’inquiétude ou d’angoisse ? Comment déceler une personne en souffrance alors même qu’elle ne peut ou ne souhaite pas en parler ?

La peur de contracter la maladie, de se sentir isolé, d’être privé de libertés sont les principales sources d’inquiétude.

Dans le ton de la voix, dans le discours qui peut sembler, sur d’autres sujets plus « fataliste », dans des expressions de colère ou d’insatisfaction, dans des appels à la centrale d’urgence répétitifs sans motif par exemple, on arrive à déceler une personne fragilisée par la situation.

Le lien social contribue à rythmer la journée/semaine de la personne. Notez-vous une perte de repères ?

Non, dans l’ensemble, les abonnés ne semblent pas se plaindre d’une désorganisation de leurs journées même s’il a été exprimé quelques craintes concernant une transmission possible du virus par les auxiliaires de vie qui jouent un véritable rôle de lien social, voire d’étayage affectif parfois.

Le terme de glissement de terrain affectif prend-il de l’ampleur actuellement ? Est-ce un phénomène lié à un profil de personne type ?

Il est compliqué de l’affirmer ou de l’infirmer. En général et même en dehors des périodes COVID, les aînés se sentent assez isolés et parfois insuffisamment considérés par leurs enfants ou la société en termes de présence, de considération et même de tendresse, de contacts physiques. C’est plus lié à un vécu, ou une personnalité, « immature affectivement », qu’à la réalité parfois. C’est ce que l’on appelle « le sentiment de sécurité et de qualité de sa vie ». Je me souviens par exemple d’une dame, extrêmement bien étayée avec du personnel de nuit à son domicile (auxiliaires de vie et ses enfants à tour de rôle), qui se qualifiait « d’abandonnée ». C’est aussi lié parfois à un sentiment d’abandon ou de colère vis-à-vis de la société en général, de son évolution : « on ne s’occupe pas des vieux, on les laisse dans les couloirs des urgences pendant des heures, alors que j’ai travaillé toute ma vie, pour quoi au vu du montant de ma retraite et de la façon dont on me traite… ? ».

Malgré leur double fragilité, santé physique et isolement, peut-on dire que les séniors sont plus solides qu’on ne le pensait ?

Oui personnellement j’aurais tendance à le dire mais je ne peux pas le démontrer quantitativement. Dans l’ensemble, nos aînés disent ne plus rien craindre pour leur vie, en avoir vécu déjà tellement, mais ils restent très sensibles à l’actualité, à la santé de leurs proches. Parfois ces restrictions sont plus difficiles à accepter pour les enfants que pour les parents eux-mêmes.

Eux-mêmes victimes du confinement, qu’en est-il des proches, des aidants ?

Les aidants semblent éprouvés et nous avons vécu des périodes et des semaines ou les chargés d’écoute me disaient ressentir plus d’agressivité chez les personnes du réseau de solidarité des abonnés. Nous n’avons cependant pas noté de refus de déplacement des aidants.

Quels conseils donneriez-vous aux séniors mais également à leurs proches aidants ? Quels sont les dispositifs d’accompagnement ?

De nous contacter pour bien évaluer leurs besoins et ensemble trouver la meilleure solution à apporter.

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